Terre vive, terre vivante, grand corps

Dessus, dessous, du belvédère au microscope, des images pour ressentir, observer, comprendre et rêver.

 

Portraits de sol

Nids de terre

 Racines

 Rêves de plantes

Jungle d'eau

Corps de la montagne

 

Portraits de sols

Dans une vitrine du musée Gassendi à Digne-les-bains, sortis d'une vaste collection glanée dans le monde entier par hermann de vries , des échantillons de terres colorées : des sables, de l'argile, des cristaux, quelques brins d'herbe, des noms. J'en choisi 7 , comme les marqueurs d'un jeu de piste visant à faire le lien entre l'intérieur du musée et l'extérieur, entre le travail rêveur d'un artiste et des éléments de compréhension de l'environnement qui pourraient nous aider à en prendre soin.

 Munie d'une palette de couleurs, je pars à la recherche des sites dont elles ont été extraites, dans l'idée d'aller voir ce qui pousse là, d'en saisir quelque chose qui serait le point de départ d'un tableau élargissant le point de vue autour du fragment choisi dans la vitrine du musée.

 A travers le mélange d'un liant avec des ocres et pigments, il s'agit  d'évoquer à travers 7 lieux la circulation des flux - entre la terre et l'eau, entre le végétal et le minéral, entre la nature et l'homme - d' évoquer ce qui façonne, nourrit, ou abîme cette chose complexe, extrêmement mouvante et vivante que nous appelons sol.

Série réalisée en partenariat avec FNE 04 dans le cadre de "L'Appel du sol"

Ocres, pigments, laque de garance et liant vinylique

 

 

1 – EXTRACTION : Dans le hameau de Champourcin , sur les plaques des rues on lit la présence du gypse, et dans le paysage, ici et là, des traces blanches. Des vestiges d'une mer qui coulait là et y a déposé des cristaux salins, limons et marnes, sables et argiles, silice et calcaire. Une superposition de vagues colorées, des bouquets d'aphyllantes qui retiennent le sol sec, et une ligne qui part, avec les minéraux.

 

2 – RECONQUETE : Au milieu de la vallée des Eaux Chaudes on trouve un site dit des « Terres noires ». C'est un vaste champ de marnes arides, dans les creux desquelles se sont nichées quelques pionnières aux longues racines ; elles forment des rosettes, un brin d'ombre, un humus léger, ou viennent s'installer une à une d'autres plantes, jusqu'à reconstituer un tapis végétal .« Terre noire » c'est aussi le nom d'un sol humique tellement riche en matière organique qu'il peut refertiliser une terre appauvrie.

 

3 – CIRCULATION : Vallée de l'Asse, La Tuillière : la rivière borde la route mais bouge dans son lit . Elle a brassé d'énormes pouddings couleur chair, aujourd'hui elle façonne des plages, des zones spongieuses, des prairies. Tout circule à la surface , et aussi à l'intérieur de la terre, à travers les horizons du sol, de haut en bas, de bas en haut, le long des racines : une vie microscopique s'organise avec l'eau et l'air ; si elle se heurte à l'acier, au béton, elle meurt et ne retient plus rien.

 

4 – ALLUVIONS : Dans la vallée du Bès en passant par Esclangon, c'est une histoire ancienne de formation des îles qui se raconte et se renouvelle. Avec les pluies, l'eau dévale la montagne et l'emporte dans le creux d'une rivière grise, roulant les cailloux, fractionnant les graviers, déposant peu à peu dans des anses plus calmes minuscules fragments et troncs d'arbres  ; dans les retenues, une graine pousse puis une autre. Des bestioles s'installent entre les racines plongeantes. Sur les bords, d'anciens coquillages dorment sous les sédiments.

 

5 – LESSIVAGE : Autour de Barrême, au milieu d'un paysage plutôt verdoyant s'ouvrent comme des fractures, des trous dans la couverture végétale, comme d'anciennes blessures ou la terre paraît rouge, des pentes ou le sol paraît brulé au pied de quelques pins : c'est grumeleux comme de l'humus mais cela ne sent rien, cela ne tient plus, c'est vide, acide, sans vie. C'est parti avec les arbres sur de grands camions jusqu'à la mer, c'est parti dans l'air en fumée odorante, c'est parti dans le ventre des animaux, avec le feu et l'eau.

 

6 – CREATION : Avant Verdaches, sous les arbres, la vallée est étroite et humide entre des parois carrées aux pieds noir charbon, témoins des grands cycle de constitution des sols .

 

 « De la Roche Mère à la Forêt Carbone »  Du ciel vers la terre, les plissements brossés par l'eau et l'air, le minéral de plus en plus fin. De bas en haut , la roche mangée par les mousses, et les plantes de plus en plus fortes. Les racines étendent leur filet, organisent et élèvent des arbres de plus en plus hauts.De haut en bas les feuilles tombent , s'accumulent, se décomposent, le sol brunit et grouille d'une vie de plus en plus forte, et par vagues ré-enfouie en nappes sombres .

 

7 - NOURRITURES TERRESTRES : Au dessus de Saint Lions, la crête est bordée d'un mouchetis de pins noirs qui descend avec hésitation entre les ravinements ; elle se dresse comme une vague et prête à glisser, à peine retenue par une forêt tellement dépouillée qu'elle en est tranparente, par endroits elle tombe et s'effondre dans les collines marneuses qui la soutiennent à peine, ouvrant une blessure d'argile rose et grise comme un cœur. « Restaurer la montagne … restaurer les sols » En haut, des plantations, en bas dans les fermes, des renforts : on a sorti des étables les monceaux de fumier, des brassées de paille dorées ; la terre se remplit de minsuscules couleurs et en devient noire, lourde, devient jaune moutarde dans les champs, devient grasse, devient verte, et repart en chantant.

 

nids de terre

Terre argileuse, terre d'humus, terre sableuse et terres habitées ...

Les nids de terre sont des rêveries déployées à partir du contenu de poignées ramassées ici ou là.

Poignée brune, café, rouille, mouillée, souple... Poignées remplies de trésors .

 La terre, le sol : une agglomération d'éléments minuscules formant un ensemble vivant, une matrice dans laquelle tout - minéral, végétal, animal - s'imbrique, se mélange, se remanie, se renouvelle.

Je cherche à évoquer ce monde invisible sous nos pieds, à parler de sa fragilité et de son foisonnement.

Techniques mixtes, encre de chine, encres végétales

racines

Et sous la terre, elles dansent !...
 Encre de chine et encres végétales

Germinations

jungle d'eau

L'eau vivante retenue dans la terre éponge,  la terre vivante retenue dans l'eau...

rêves de plantes

Les plus ténus débris végétaux réapparaissent à travers le papier. Je les imagine comme les traces que pourraient laisser le fil des saisons dans la mémoire des plantes, traces que je suivrais pas à pas dans mes propres rêves.

Encres végétales , marouflage sur carton , photographies

Dans les collines du pays de Forcalquier, la couverture végétale est un manteau fin traversé de roches, une palette de formes et de couleurs au gré des associations de plantes sur les différents sols. J'observe comme elles se transforment au fil des saisons pour répondre à leurs besoins, leurs intentions, leurs gestes.

Photographies

corps de la montagne

Dans les grandes gorges du Verdon, les panoramas gigantesques apparaissent comme les mouvements d'un corps dont la végétation est la peau. Les empilements, les basculements des couches géologiques : comme un voyage en suspension à travers le temps.

Travail publié dans la revue Verdon, n° 26-27 – 2008

Techniques mixtes

illustrations